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Combat pour une politique energetique alternative Mauritius Times 31 January 2013

Citoyens ordinaires vs lobbys capitalistes

Combat  pour une politique énergétique alternative

 

A Maurice, il paraît que les « écologistes » se battent en ce moment contre l’arrivée d’une nouvelle centrale à charbon à Albion... Que signifie cette belle phrase ?

D’abord, il y a les habitants d’Albion. Ils ont commencé par défendre leur environnement car ils craignaient de développer des maladies incurables à cause de l’installation d’une centrale à charbon à côté de leur  maison à Albion. Puis d’autres Mauriciens ont protesté car ils ne comprenaient pas très bien le sens de leur combat  localisé. Certains croyaient qu’ils demandaient tout simplement de trouver un autre endroit pour que les Malaisiens y déposent leurs valises… D’autres ont trouvé que les habitants d’Albion  étaient égoïstes car les fumées toxiques peuvent se diriger un peu plus loin et empoisonner les habitants en ligne droite jusque vers Pointe aux Sables… Au fond, chacun était concerné par son propre bien-être. Ils ne pouvaient donc pas être « écologistes » mais ils étaient en train de développer une conscience écologique.  

Ensuite, une autre catégorie est arrivée pour  épauler ces premiers « écologistes » d’Albion. Malheureusement, ils sont connus pour leur défense d’un système économique archaïque, datant de l’époque coloniale. Pour eux, tout est fondé sur le monopole d’un groupe de capitalistes. Dès qu’il s’agit de défendre leurs intérêts,  ces voix se mettent de l’avant pour se faire entendre au nom de l’écologie. Ce sont probablement des « écologistes patentés des capitalistes ». Il ne faut pas briser leur monopole en acceptant des Malaisiens  sur place, à Albion ou ailleurs.  Ce puissant lobby du charbon, comme dans d’autres pays, tient probablement à contrôler -  coûte que coûte - tout le secteur énergétique incluant les énergies renouvelables.

Ecologistes d’un jour

Revenons aux premiers « écologistes ». Ils tiennent le même discours que les « écologistes patentés des capitalistes ». Ils revendiquent une taxe sur les IPPs. Soit les écologistes d’Albion  sont naïfs, ou alors ils sont très proches du deuxième groupe. L’on retrouve là des similitudes étranges avec l’organisation des ONGs  lors du combat pour la Vallée de Ferney avec certaines ONGs en avant-plan et d’autres en arrière-plan. Gageons que les deux disparaîtront dès que le plan d’installation des Malaisiens sera définitivement rayé de la carte énergétique mauricienne. L’écologie pourra toujours souffrir mais ils ne seront plus là.

Tel avait été le cas de figure lors du combat pour la Vallée de Ferney. De charmants et sympathiques « écologistes  d’un jour » avaient disparu juste après l’annonce de la  préservation de ce site, propriété privée. La question d’une route alternative, le point central de la controverse, n’était pas leur problème car le sort du citoyen mauricien  - trop ordinaire - ne les concernait absolument pas ! D’ailleurs, ils n’étaient absolument  pas  gênés  de fêter la victoire malgré les différends  avec ceux qui étaient proches de la masse des citoyens ordinaires de ce pays. Avec ces « écologistes  en faveur du combat sélectif des capitalistes », l’éthique avait pris un bien sale coup.  L’écologie avait été trainée dans la boue.

Soulignons que la grande majorité  - pour ne pas dire la totalité – de ces deux catégories « d’écologistes »  n’était pas là pour défendre les wetlands, par exemple. A partir du moment où il ne s’agit pas de se protéger soi-même ou qu’il n’y a rien à défendre pour protéger les biens matériels des capitalistes mauriciens, pourquoi s’activer et s’engager  en tant « qu’écologiste » ?  N’oublions pas que nous sommes à Maurice, la République où  l’on  devient spécialiste en tous genres en un clin d’œil. Alors  pourquoi pas en « écologie » et autres affaires énergétiques quand cela s’avère utile pour arriver à certaines fins personnelles ? Nous sommes parmi les premiers en Afrique pour la drogue, le diabète et probablement la perte des valeurs.  Par conséquent, nous pouvons devenir populaires sur tout le continent africain pour avoir inventé un nouveau  concept :  «écologiste opportuniste et capitaliste».

Mais accordons-leur le bénéfice du doute. Peut-être ont-ils changé ? Peut-être que leur  plan n’est pas de brandir la carotte de la taxe sur les IPP pour gagner la confiance de la masse des citoyens ? Peut-être  ne connaissent-ils pas la puissance de ces lobbys  qui ont fait des « contrats bétons » ? L’avenir nous le dira. Même si l’espoir ne fait vivre que les imbéciles, soyons positifs.

 

Lutte inégale

Mais, heureusement, il y a aussi les autres Mauriciens, ceux-là qui ont été, sont et seront de tous les combats écologiques. Ils défendent la flore et la faune mais ils défendent toujours les humains. Ainsi, Jeff Lingaya fait partie de ceux qui étaient solidaires avec les employés d’Infinity. Il fait aussi partie de ceux qui se battent pour trouver des routes alternatives au développement tel que nous le connaissons aujourd’hui.   Ecologie : C’est la lutte pour qu’une partie des gains financiers aille vers ceux qui en ont le plus besoin. Prenons le combat pour les malades mauriciens qui n’ont pas suffisamment d’argent pour se faire soigner dans un hôpital à l’étranger, par exemple. C’était le combat des écologistes dans le vrai sens du terme : les écologistes n’ont aucune  visée capitaliste et ils n’appartiennent à aucun lobby.   Ils ne défendent pas uniquement la flore et la faune de leur pays. Cela n’a jamais été le cas. C’est un « misconception » , une idée fausse de certains.

Désormais, il s’agit d’une lutte inégale entre les citoyens ordinaires en faveur des énergies renouvelables et tous ceux qui sont en faveur des lobbys capitalistes et énergétiques,  malaisiens,  mauriciens ou autres. Et puis, il y a aussi tous ceux qui vivent aux alentours de ces lobbys. Le bruit court qu’il faudra se battre contre des ennemis invisibles car ils y trouvent plusieurs avantages en termes de commissions, entre autres, avec le charbon.  Eliminer le charbon, ce serait leur  supprimer la poule aux œufs d’or !

Pour cette raison, les citoyens ordinaires et les partis de gauche qui comprennent le vrai sens des termes « écologie » et   « écologiste » doivent se regrouper et resserrer leurs liens.  Il s’agit de défendre cette catégorie de la population mauricienne qui se trouve à proximité d’autres centrales à charbon sur le sol mauricien et qui risque, elle aussi, de mourir de maladies incurables à cause du déversement des fumées toxiques. Les revendications doivent porter sur des mesures de l’air autour de ces centrales à charbon et que l’on considère aussi l’état de santé de ces habitants-là. Que l’on rende public le nombre de centrales à charbon à Maurice et les rapports concernant leur impact sur la population.

Politique énergétique alternative

Il s’agit de proposer une politique énergétique alternative en tenant compte de nos besoins de manière réaliste. Nous ne pouvons pas compter sur certains membres de l’élite locale. Nous devons proposer un plan d’action. Il semblerait que le MID souffre d’un mal mauricien, notamment « scarcity of skilled human resources”, “inability to retain the best brains in the country and limited possibility to make use of diasporas”, “large and relatively inefficient public companies and parastatals” (World Bank, 2012). Sinon comment expliquer que, dans un entretien dans la presse le mercredi 30 janvier, un proche du MID fait des propositions en restant extrêmement proche d’un modèle économique archaïque ?   Est-ce que ce spécialiste œuvrant  dans le cadre du MID ne sait pas qu’il faut briser les monopoles à Maurice, notamment dans le domaine énergétique ? Le MID ne sait pas qu’il existe une alternative : ne pas remettre le plan pour les énergies renouvelables entre les mains du lobby du charbon existant sur le sol mauricien ? 

Si les partis de gauche et « écologistes » rejettent la centrale à charbon des Malaisiens et demandent la transparence totale sur les contrats IPP, il faut qu’ils soient aussi prêts -  logiquement -  à se battre pour la démocratisation effective des industries futures en énergies renouvelables et l’avènement de plusieurs petites et moyennes entreprises bien encadrés dans le secteur ?  Cela aussi doit faire partie du plan « écologique » des « écologistes mauriciens».  Au cas contraire, nous deviendrons la risée du monde entier !

Il faut aussi pousser les citoyens mauriciens à prendre conscience qu’il n’est pas suffisant de développer une conscience écologique. Il faut aussi rejeter l’égoïsme et l’individualisme. Chaque citoyen doit prendre ces responsabilités  pour changer sa manière de vivre. Si nous continuons à vivre en imitant les Américains et les Européens, nous ne pourrons pas nous passer du charbon.  

A partir de cette base, les partis de gauche et « écologistes », soutenus par des citoyens ordinaires, doivent dénoncer le mode de fonctionnement   des lobbyistes. Les « écologistes » sincères ne mènent pas ce genre de combat sans dénoncer les liens existant aujourd’hui entre les lobbys énergétiques et la classe politique,  et leurs futurs projets. Ils sont si prévisibles !

Sans aucun doute, comme dans le cas de la Vallée de Ferney, l’on y trouvera pêle-mêle plusieurs groupes juxtaposés autour d’un citoyen ordinaire qui a joué la carte de la grève de la faim, Jeff Lingaya...Aucun citoyen ordinaire n’est dupe depuis la triste affaire Ferney. Nous savons tous que la bataille de certains « écologistes » -  avec force tapage médiatique  - s’arrêtera nette dès que les Malaisiens seront boutés hors de la compétition énergétique et que tout sera donné en un joli paquet cadeau à ceux qui détiennent le monopole énergétique à Maurice.

Mais pour les citoyens ordinaires et les partis de gauche qui sont sincères dans leur combat « écologique » et  qui croient en une économie alternative,  le combat sera long et acharné. Jeff Lingaya a été très clair : son objectif est de bouter hors les Malaisiens. Donc, sa grève s’arrêtera s’il obtient gain de cause. Malheureusement, ce n’est que « the tip of the iceberg ». Y a-t-il un seul Mauricien pour entamer une grève de la faim afin de continuer le combat contre le monopole des lobbyistes du charbon ? Qui se chargera alors de revendiquer une politique énergétique et économique alternative ? Si les partis de gauche sont sincères, ils doivent se réunir d’urgence  pour relever ce défi.

Tout porte à croire qu’en brandissant le label « écologie », Jeff Lingaya  n’en avait pas mesuré toutes  les implications. Mais les partis de gauche,  sous la houlette de Ashok Subron et Jack Bizlall  par exemple, savent bien qu’il s’agit d’une guerre menée contre de puissants lobbys financiers du monde entier et aussi  à Maurice avec la complicité de certains de la classe politique et de certaines institutions, entre autres… Le proche avenir nous dira si ces deux leaders s’arrêteront comme Jeff Lingaya quand les Malaisiens seront virés d’Albion ou s’ils sont sincères et veulent défendre vraiment des principes écologiques.

Vina BALLGOBIN

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